J’ai lu : l’Héritage de Richelieu de Philippe Auribeau

Publié le par Arii Stef

La trilogie des Lames du Cardinal de Pierre Pevel ne se présente plus aux initiés. Les aventures de ce groupe de fines lames au service du Cardinal de Richelieu pour contrer la menace draconique dans un XVIIème siècle fantastique sont devenues un best-seller français de la Fantasy.

L’héritage de Richelieu est conçu comme une suite ou plutôt un spin-off, confiée à un autre auteur, moins connu. Il se déroule 15 ans après les romans, Louis XIII et Richelieu sont décédés et c’est le cardinal Mazarin qui préside aux destinées du Royaume, sous la minorité de Louis XIV et la régence d’Anne d’Autriche. La plupart des Lames des romans de Pevel est désormais inactive. On remarquera le clin d’œil aux 3 Mousquetaires dont la suite « 20 ans après » se déroule également à cette époque.

La régence d’Anne d’Autriche constitue aussi le cadre choisi pour le jeu de rôles « Les Lames du Cardinal » dont l’un des auteurs est un certain Philippe Auribeau qui est une des plumes ayant œuvré pour Sans Détour. Il est crédité sur l’Appel de Cthulhu et sur les Chroniques des Féals.

En ce qui me concerne, j’apprécie beaucoup les romans de Pierre Pevel, même si les Lames du Cardinal n’est pas ma série préférée de cet auteur (J’ai un gros faible pour le Paris des Merveilles). Je possède d’ailleurs le jeu de rôles « Les Lames du Cardinal » paru chez Sans-Détours. J’en ai maîtrisé la campagne officielle il y a quelques années. Je suis donc en terrain connu mais j’ai hésité longtemps concernant l’acquisition et la lecture de l’Héritage de Richelieu. J’avais peur que le roman ne soit qu’une campagne du jeu approximativement relatée, un objet plus rôliste que littéraire.

Donc, j’ai lu assez vite ce gros roman, ce qui est bon signe et je l’ai d’ailleurs vraiment beaucoup apprécié. On retrouve le côté enlevé des aventures du roman originel et les rebondissements.

On croise deux  anciennes lames des romans de Pevel, Saint-Lucq et rapidement Agnès, mais tous les autres personnages sont nouveaux. Le boss est le Comte Clément-Lefert, un ancien militaire vieillissant avec un code d’honneur rigide lié à ses origines aristocratiques. Parmi les Lames expérimentées, l’équipe comprend un Drac (l'une de ces créatures habituellement bestiales et anciennement esclaves des dragons) , Da’Kral, bon tireur et à la tenue écarlate qu’il voudrait toujours impeccable. Il y a aussi un ancien moine cynique atteint de la grande ranse (une maladie mortelle liée aux dragons), Philibert Gribouges, et Thibaut Levance, un jeune homme stratège. Ils recrutent dans le roman deux jumeaux, les Horville, le faux aveugle Simon et sa sœur Eleonore. Ces derniers sont des nobles désargentés et orphelins, plutôt habitués aux milieux interlopes. Ca fait groupe de PJs, mais c’est la même chose dans Pevel et je trouve que ces personnages sont bien campés et qu’ils disposent de personnalités et d’historiques plutôt originaux et attachants. Le seul point un peu étrange est qu’on a l’impression que ce ne sont pas les nouvelles Lames du Cardinal.  En effet, nombre d’entre eux étaient déjà actifs à l’époque de Richelieu et ils vivent là leur crépuscule : j’ai eu l’impression d’avoir raté un épisode au début du roman.

Côté intrigue, on n’est vraiment dans un style classique des Lames : un trafic de jusquiame dorée (la liqueur des dragons) et un complot pour abattre le Mont des Châtelaines. C’est dans la version du Mont Saint Michel de cet univers que réside le principal ordre chargé de combattre les dragons. C’est peut-être un point faible du roman, l’intrigue principale manque d’originalité et n’a suscité ni intérêt démesuré ni surprise chez moi. Le traitement est plus original avec son lot de batailles rangées et de rituels magiques spectaculaires et il est très rythmé. De manière générale, je trouve le ton plus sanglant et plus fantastique que chez Pevel tout en conservant le côté enlevé de l’action.

Côté style, j’ai trouvé la plume de Philippe Auribeau à la fois fluide et simple avec un vocabulaire varié. La lecture m’a paru vraiment très agréable et très évocatrice. C’est vraiment une bonne surprise !

De bons personnages, une intrigue dans la lignée et une écriture agréable : si vous avez aimé les Lames du Cardinal, vous apprécierez je pense cette suite.

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