J’ai lu Pénombre : Le Premier Cahier Gris
Le Premier cahier gris est la boîte d’initiation du jeu Pénombre. Le jeu complet doit sortir cette année (en 2026). Pénombre propose de jouer dans l’univers des romans de Mathieu Gaborit, les Chroniques crépusculaires et Abyme. La version physique du Premier Cahier gris est en vente suite à un financement participatif mais la version pdf est en téléchargement gratuit. Il s’agit d’une boîte avec deux livrets (un synthétisant l’univers et les règles, l’autre proposant trois scénarios) et du matériel associé au système.
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Pénombre n’est pas une nouvelle version du jeu Agone sorti en 1999 mais un nouveau jeu : une partie du lore du jeu n’a pas été utilisée, l’optique du jeu n’est plus la même (on ne combat plus le Masque mais on préserve l’harmonie) et le système est complètement différent.
L’univers
L’Harmonde, le monde des chroniques crépusculaires, est un monde assez étendu : à la fois détaillé dans les romans et encore plus dans le jeu de rôle Agone. C’est un monde médiéval - fantastique où la magie tient un grand rôle. Cette magie provient principalement de deux sources : la manipulation de petites créatures bleutées, les danseurs, et par la pratique des arts.
Les humains dominent l’Harmonde mais il existe de nombreuses autres créatures appelées Saisonins que le jeu propose de jouer : gnomes, fées noires, géants, satyres… Leur version de l’Harmonde est bien particulière et peut différer assez drastiquement de la version D&D.
Comme souvent chez Gaborit, les organisations y ont une importance particulière et une saveur bien à elles. Les magiciens sont réunis au sein du Cryptogramme Magicien, les architectes nains gardent leur secret au sein de l’Equerre et le collège du Souffre-jour forme les Eminences Grises de ce monde qui conseillent les puissants. Le héros des romans, Agone, a été formé au Souffre-jour et le dirige désormais. Le collège vise à maintenir l’équilibre et l’harmonie du monde.
Ce sont d’ailleurs ces éminences grises que Pénombre propose d’incarner. Le jeu prend donc le parti de centrer les intrigues sur le collège et de limiter les personnages à une catégorie de personnages. Mais en contrepartie, cela justifie que les personnages puissent être issus de n’importe quelle race ou pays et que les personnages soient hors normes, pouvant maîtriser plusieurs formes de magie. Le jeu est une œuvre collective à la fois à la plume et au pinceau. Le premier cahier gris est abondamment illustré, avec talent.
Règles
Le système de jeu est assez hybride, mêlant des aspects narratifs et des mécanismes un peu velus. Le personnage dispose de 5 caractéristiques exprimés en type de dé : du D4 au D12. Il s’agit du dé que lance le joueur quand son personnage tente une action dépendant de la caractéristique. Il peut ajouter des D6 en utilisant les atouts de son personnage ou en utilisant ses ressources matérialisées par une réserve de pions. Chaque tranche de 4 sur le total des dés amène un succès. La difficulté fixée par le MJ définit le nombre de succès à obtenir pour réussir l’action. Si le nombre de réussite n’est pas atteint mais non-nul, c’est une semi-réussite. Le MJ ne lance pas de dés.
Presque tous les personnages connaissent une ou plusieurs formes de magie. Ces magies ont des pratiques et des effets différents mais le joueur reste très libre pour imaginer l’effet qu’il souhaite réaliser. Le MJ valide l’alignement de l’effet souhaité avec la forme de magie et dispose de lignes directrices pour définir la difficulté.
Les ressources dont j’ai parlé ci-dessus correspondent à un concept global, ce sont elles qui diminuent quand le personnage échoue et qui peuvent amener le personnage à être hors-jeu.
J’ai toujours du mal à évaluer les systèmes sans les avoir testés mais ce système me semble correspondre à mes goûts. Il mêle un côté assez macroscopique que j’apprécie pour régler des situations sans des dizaines de jets de dés et un côté ludique d’autre part. Il faudra que je l’utilise pour réellement apprécier son adéquation à mes habitudes et à l’aspect magique et artistique de l’univers.
Prétirés
Comme dans toute boîte d’initiation, le jeu fournit des personnages pré-tirés. On a :
- Ackbar, satyre amnésique
- Esmeralda,banshee dans le déni
- Céliana, méduse spoliée
- Maître Mangrove, principal d’académie
- Noh, nain marqué par les ténèbres
- Pictelle, armure élémentaliste.
Leur variété permet d’appréhender la diversité de l’univers et allèche sur les possibilités du futur jeu, notamment en termes de magie. Difficile d’évaluer s’ils sont complémentaires et intéressants à jouer dans le cadre des scénarios fournis.
3 scénarios
Le deuxième livret comprend 3 scénarios. Ils ont pour point commun d’être des missions confiées directement par le collège et se dérouler à Lorgol, la ville où le collège est situé.
Le premier « Apocalypse Verveine » amène les éminences grises à enquêter sur une exubérance végétale en plein Lorgol. Ils vont rencontrer une communauté soudée autour d’une vieille dame confrontée à un propriétaire terrien peu romantique. L’intérêt du scénario est justement de les confronter à une situation en nuance de gris où les objectifs du Souffre-jour apparaissent comme loin de la bienveillance.
Le deuxième « Eminences Assassines » commence par une négociation serrée avec un échevin durant laquelle il meurt brusquement. Les éminences grises vont devoir enquêter sur ce décès alors qu’ils sont les suspects principaux et que le collège a plus intérêt à se désolidariser d’eux.
Dans le troisième « Le Premier Cahier Gris », elles sont chargées par un compagnon d’Agone, le nain Bohedür, de transférer des archives magiques des locaux de l’Equerre vers le collège du Souffre-jour. Il s’agit en fait d’une manipulation qui va les amener dans une énorme embuscade.
J’ai apprécié la lecture de ces scénarios dont les enjeux croissent au fur et à mesure des pages. Leur variété en termes de types d’actions m’amène à me questionner sur le système : est-il super plastique ou vais-je suer à grosses gouttes sur certaines scènes ? Je pense qu’il y a une volonté affichée dans cette diversité d’enjeux et d’actions : montrer la diversité du jeu et établir que les actions des personnages ont un impact sur l’Harmonde.
Conclusion
Je ne peux bouder mon plaisir de retrouver l’Harmonde en jeu de rôle. Je n’ai qu’une partie d’Agone à mon actif et la relecture des Chroniques Crépusculaires m’avait déçu mais je garde un attachement à cet univers pour son originalité et son foisonnement. Les règles me paraissent correspondre à mon goût. J’aime bien quand les jeux choisissent un angle d’attaque et le fait de restreindre les personnages à des éminences grises ne me posent pas de souci.
J’attends néanmoins de tester le jeu pour appréhender les mécaniques et l’intérêt de la proposition de jeu. J’attends également le jeu lui-même pour les mêmes raisons.