J'ai lu : Egrégore

Publié le par Arii Stef

Egrégore est un jeu de rôle d’horreur contemporain édité par les XII Singes. Il se présente dans une boîte contenant deux livrets et un écran. Il existe en deux versions : une classique et une de « luxe » avec des livres cartonnés. C’est un jeu-campagne dans le sens où le jeu et sa campagne sont très liés et difficilement distinguables. On en reparlera.

J’ai acheté la version de luxe d’occasion. J’avais été attiré par la campagne de communication à la sortie du jeu. Elle se présentait comme la campagne de publicité d’une multinationale pharmaceutique, OTK. En effet, le pitch du jeu consiste à incarner des personnages qui travaillent dans le service de sécurité de cette multi-nationale. Alléchant graphiquement, je pressentais un jeu mêlant cynisme, corporatisme et complot dans une grande campagne. J’avais lu qu’il y avait aussi du fantastique mais je le voyais comme une toile de fond. Bon, ce n’était pas tout à fait ça…

Le jeu

L’un des livres présente la campagne et l’autre détaille le système, l’univers, les PNJs et les personnages pré-tirés. Une maquette très aérée, les illustrations en mode photos et la prédominance du vert font de ce jeu une belle réussite graphique et un bel objet. J’ai repéré néanmoins quelques coquilles.

La campagne est séparée du jeu en lui-même mais il est difficilement imaginable de jouer au jeu en-dehors de la campagne. Les pré-tirés sont intimement liés aux secrets, la campagne aboutit à une confrontation finale qui peut mettre un terme au complot principal,… mais pourquoi pas après tout, certains secrets ne sont pas exploités dans la campagne et OTK peut constituer un décor pour d’autres scénarios.

Système

Le système utilisé par Egrégore est le FU (Freeform Universal). C’est celui de Wastburg par exemple mais dans une version un peu plus évoluée et complexe. Dans FU, un jet de dé résulte d’une question du joueur quant à l’action de son personnage et le résultat s’exprime en 6 possibilités : Non et, Non, Non mais, Oui mais, Oui et Oui et…

Dans Egrégore, le joueur lance 5D10 et regarde le nombre de résultats pairs pour déterminer lequel de ces 6 résultats s’applique. S’il a 0 résultat pair, le résultat en « Non et », s’il en obtient 5, c’est « Oui et ». Selon ses descripteurs et les circonstances, le joueur peut lancer plus de dés ou moins de dés.

Le personnage est justement caractérisé par ces descripteurs qui vont influencer les jets. Il dispose également de Points d’Egregore qui lui permettent d’altérer la réalité (manipuler le résultat des dés) ou d’effectuer des effets surnaturels.

La campagne

Je ne vais pas tourner autour du pot, j’ai été très déçu par la campagne. Dans le premier scénario, les personnages appartiennent au service de sécurité d'OTK et mènent une enquête sur des fuites de données dans une des cliniques phares de la société. Les suspects sont assassinés les uns après les autres et les personnages sont suspectés par les autorités. Ce point de départ va amener les personnages à se questionner sur ce que cache OTK, son fondateur, leurs propres identités et bascule très vite dans le fantastique. 

La campagne se caractérise par trois éléments principaux qui, d’une manière ou d’une autre, me déplaisent.

Le premier élément, c’est sa structure. Temporellement, elle n’est pas linéaire, un scénario sur deux est un flashback. Néanmoins, les actions des personnages ne semblent pas avoir une grande influence sur le déroulement. Les personnages continuent ou ils échouent. On est donc plus dans un style de jeu où l’intérêt est de vivre l’histoire plutôt que d’y participer réellement. Ce reproche de campagne « Chemin de Fer » avait été fait à Americana (qui partage d’autres points communs avec Egrégore) mais j’ai trouvé que dans Egrégore, on était encore un cran au-dessus.

Le second élément, c’est son thème. Le thème de la multinationale Big Pharma est vite reléguée en arrière-plan pour entrer de plein pied dans le fantastique et l’horreur : une dimension parallèle, des créatures d’autres mondes, … J’ai ressenti un petit décalage entre mes attentes et le thème réel de la campagne. On n’est encore une fois proche d’Americana, mais plus assumé et plus original dans le jeu d’Yno.

Le dernier élément, c’est l’histoire en elle-même et les scénarios. Ils ne m’ont pas plu. L’omniprésence du nazisme aux racines du complot me déplaît en particulier : je trouve que c’est une facilité scénaristique. La cerise sur le gâteau arrive vers la fin de la campagne : un scénario complet se déroule à Auschwitz avec Mengele en PNJ. Dans ce scénario, une adolescente juive est amoureuse de l’un de ses tortionnaires. Bon, honnêtement, en termes de malaisance, cela dépasse mes limites, je ne me vois pas le jouer celui-là…

Attention, la campagne n’est pas mauvaise en elle-même mais son style, son thème et son sujet ne correspondent pas à mes goûts et mes envies du moment. Je ne les mènerai probablement pas, disposant d’un autre jeu – campagne du même style, Americana, que je préfère en tous points.

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