J'ai lu : Berlin La Dépravée (Appel de Cthulhu)

Publié le par Arii Stef

Berlin La Dépravée est un supplément de l’Appel de Cthulhu 7ème édition, édité chez Edge. Il s’agit de la traduction d’un supplément américain paru chez Chaosium. Il s’attache à décrire la ville de Berlin dans les années 20 et les rapports qu’elle entretient avec le mythe. Il comprend trois scénarios.

On peut se demander pourquoi s’intéresser au Berlin des Années Folles. Est-ce pour faire plaisir aux fans germanophones du jeu ? On a appris à l’école que la République de Weimar était instable avec des majorités politiques changeantes, une forte contestation politique et une inflation record. Ce qu’on sait moins est que Berlin était à cette époque une capitale de la fête, des spectacles, de la débauche et de l’homosexualité, attirant encore plus de touristes et d’artistes que Paris.

La ville prussienne grouille de comploteurs nationalistes, de communistes, d’immigrants d’Europe de l’Est et d’exilés russes. Les bagarres de rue, les meurtres politiques et le banditisme y sont répandus. La Grande Inflation du milieu des Années 20 va ruiner la classe moyenne, engendrant encore plus de chaos. C’est ce contexte que s’attache à décrire le supplément. Il s’attarde beaucoup sur le monde de la nuit, sur la prostitution et l’homosexualité mais décrit aussi de nombreux aspects de la ville : politique, lieux, arts, personnalités, milieu du cinéma ... Il n’oublie pas d’y ajouter une couche chtulhuesque, proposant notamment des concepts de groupe d’investigateurs berlinois et des accroches de scénarios.

Après lecture de la description de Berlin, j’ai à la fois une certaine satisfaction d’avoir un cadre original et un petit goût de trop peu sur cette présentation. L’orientation « guide du visiteur en mal de sensations » est contrebalancée par de nombreuses informations sur les organisations politiques et occultes.

Le gros du supplément demeure néanmoins les scénarios. Ils sont très copieux (autour de 50 pages chacun). Je les présenterai ci-dessous sous le format de mes compte-rendu de lecture des scénarios de la 6ème édition. Je peux dire qu’ils s’ancrent beaucoup sur des faits divers et des personnalités réels et qu’ils malmèneront beaucoup les investigateurs. J’ai apprécié cet ancrage et leur grande originalité qui me donnent envie de les faire jouer. Je me demande néanmoins à la lecture s’ils ne requièrent pas quelques adaptations pour les rendre moins scriptés, pour ne pas trop reléguer les joueurs à un rôle de figurants voire de victimes volontaires.  

Un petit mot sur la forme, j'aime beaucoup le format, la couverture, le papier, l'organisation. Je suis moins fan des illustrations intérieures qui font très BD lignes claires. En tout cas, tout comme pour le contenu, ça me plaît !

 

Le Diable Mange des Mouches 

Période : Années 20
Localisation : Berlin 
Pré-tirés fournis : Non
Format : Scénario Long (2 à 5 séances)
Thèmes : Revenant, Vengeance, Meurtres en série,  
Auteur : David Larkins, Lynne Hardy, Mike Mason
Joué : Non
Ma note : 3,5/5

Le scénario s’inspire de deux faits divers qui ont défrayé la chronique berlinoise de l’après-guerre : l’histoire d’un tueur en série appelé Großmann et l’apparition d’une fausse descendante des Romanov. Le tout est enrobé dans un milieu de comploteurs nationalistes, de russes exilés et de banditisme.

Les investigateurs sont chargés d’enquêter sur une prostituée qui a échappé au célèbre tueur récemment exécuté. Cette simple enquête est compliquée par deux choses. La prostituée en question se fait passer ou est vraiment une descendante du tsar Nicolas II que s’arrache les milieux complotistes de Berlin. Par ailleurs, Großmann a réalisé un rituel pour que son âme lui survive et va poursuivre toutes celles qui lui ont échappé. Il peut posséder le corps de toutes les personnes qui ont mangé la chair de ses victimes dont il faisait des saucisses qu’il vendait à bas prix. La meilleure solution sera d’effectuer un rituel pour expulser dans l’au-delà l’âme du tueur.

J’ai trouvé l’utilisation des événements historiques et le tissage de l’intrigue vraiment très habiles et particulièrement instructifs. Le scénario navigue entre les aspects fantastiques et différents événements historiques en les reliant. J’ai moins aimé la façon de proposer le scénario pour les investigateurs (un peu linéaire) et les pistes de résolution envisagées. Il n’y en a qu’une seule en fait (le rituel).

 

Le Ballet du Vice, de l’Horreur et de l’Extase 

Période : Années 20
Localisation : Berlin 
Pré-tirés fournis : Non
Format : Scénario Long (2 à 5 séances)
Thèmes : Drogue, Danse, Dimension parallèle, Culte, Rabisu , Shub-Niggurath
Auteur : David Larkins, Lynne Hardy, Mike Mason
Joué : Non
Ma note : 3,5/5

Le scénario s’étale sur deux ans de 1926 et 1928. Il est composé de deux parties bien distinctes reliées par la figure de la célèbre danseuse Anita Berber. Ils sont d’abord témoins d’une manifestation surnaturelle lors d’un de ses spectacles. Le patron du cabaret leur demandera d’enquêter mais les investigateurs risquent de se retrouver piégés dans une autre réalité pendant deux ans.

Ils retrouveront Anita Berber à son retour à Berlin pour son décès. Son essence va être utilisée par un culte pour faire venir sur terre une déesse du stupre. Son apparition apportera épidémie et une ouverture sur le monde parallèle que les investigateurs ont visité deux ans auparavant. Le risque n’est rien moins que la destruction de Berlin. Ils seront aidés par une étrange jeune prostituée et se retrouveront confrontés aux adorateurs fanatisés de la déesse ainsi qu’à des poupées vivantes.

C’est un scénario très ambitieux, très fantastique, avec des scènes dantesques et délirantes. Il s’appuie sur un élément historique, la vie d’Anita Berber, et sur des traditions occultes juives. Il fait visiter quelques lieux emblématiques de Berlin comme le Musée de Pergame (où je situe la conclusion de mon scénario de Cold City) mais les éléments fantastiques sont prédominants. Les personnages sont vraiment très malmenés, parfois sans possibilité de l’éviter pour les joueurs. Les enjeux sont importants. Là encore, je m’interroge sur les possibilités de résolution proposées, quels réels leviers ont les investigateurs pour influencer le cours des événements ?    

En conclusion, un scénario qui sort réellement de l’ordinaire mais qui à mon sens demande quelques adaptations pour être autre chose qu’une performance rôlistique où le joueur est quasi spectateur.

 

Schreckfilm 

Période : Années 20
Localisation : Berlin 
Pré-tirés fournis : Non
Format : Scénario Long (2 à 5 séances)
Thèmes : Cinéma, Sorcier, Yog-Sothoth,
Auteur : David Larkins, Lynne Hardy, Mike Mason
Joué : Non
Ma note : 3,5/5

C’est dans le monde du cinéma et aussi des débuts du nazisme que nous entraîne ce troisième et dernier scénario de Berlin la dépravée. Les investigateurs fêtent le nouvel an au célèbre parc d’attraction Luna Park quand une femme manifestement poursuivie glisse dans leurs affaires un dossier. Cette introduction se terminera dans la pire des confusions :  ils se retrouvent pris au milieu d’une bataille rangée entre deux milices, les SA et le Front de Fer et attaqués par une étrange créature féline à tête humaine.

Le dossier comprend une photo prise dans un bordel sadomaso où les investigateurs figurent en compagnie d’un officier de police, d’un chef de la SA et d’autres figures de la nuit berlinoise. Le problème est qu’ils ne connaissent ni l’endroit ni les gens qui sont sensés les accompagner. Une enquête commence où ils pourront croiser le célèbre occultiste Aleister Crowley, avoir dans les mains un faux Necronomicon et retrouver la journaliste qui s’est débarrassé du dossier. Mais le mal est fait, un convent de sorcières dirigé par une actrice passée de mode est à leur trousse. Le parti nazi qui a le vent en poupe pourrait ne pas apprécier qu’on enquête sur les petits hobbys honteux de l’un de ses chefs. Cela devrait mener les investigateurs sur le tournage d’un film d’horreur appelé « Das Necronomicon ». Mais ce tournage est en fait un rituel très dangereux de vol de pouvoir et d’invocation de Yog-Sothoth.

La structure du scénario est plus classique que le précédent. Les investigateurs tombent sur un objet que désire un culte très méchant et il y a un grand rituel d’invocation à la fin. Le milieu du cinéma, les lieux (Luna Park, le bordel sadomaso ou la tour en plein Berlin) et le milieu naissant du nazisme donnent toute leur saveur et leur originalité à ce scénario. Il est encore une fois potentiellement très mortel mais la résolution et l’attitude de certains personnages sont, cette fois, relativement ouvertes.

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